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Tendinite de l’épaule chez l’assmat : reconnaître les signes, agir avant la douleur chronique

Tendinite de l’épaule chez l’assmat : reconnaître les signes, agir avant la douleur chronique

Porter, soulever, reposer, recommencer. L’épaule encaisse toute la journée, et un matin elle tire. Puis elle empêche d’attraper un bocal en haut du placard. 😬 Comment savoir si cette douleur à l’épaule relève de la fatigue ou d’une tendinite qui s’installe ? Que peut-on ajuster quand il faut continuer à travailler ? Et à qui s’adresser, à quel moment ?

On fait le point avec Nathanaël, coach sportif spécialisé en posturologie et expert partenaire de Nounou-top. 👇

Pour résumer
  • 🩺 La douleur d’épaule liée au portage correspond souvent à une tendinopathie de la coiffe des rotateurs.
  • 📊 Les troubles musculo-squelettiques représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues en France.
  • ⚠️ Épaules enroulées, tensions entre les omoplates, gêne bras au-dessus de l’horizontale : trois signaux à ne pas laisser traîner.
  • 🤲 Rapprocher l’enfant de soi, rester sous 90°, pousser avec les jambes : les trois ajustements qui changent le plus.
  • 💪 Un programme de renforcement de 5 minutes par jour, sans matériel, accessible même en douleur légère à modérée.
  • 📄 La tendinopathie de l’épaule figure au tableau n°57 des maladies professionnelles.

Douleur à l’épaule à force de porter bébé : de quoi parle-t-on ?

La douleur à l’épaule liée au portage répété correspond souvent à une tendinopathie de la coiffe des rotateurs, un trouble musculo-squelettique inscrit au tableau des maladies professionnelles. Elle s’installe progressivement et gêne d’abord les mouvements de bras au-dessus de l’horizontale. Repérée tôt, elle se prend en charge plus facilement.

Pourquoi l’épaule est particulièrement exposée dans le métier

Les troubles musculo-squelettiques (TMS) sont des atteintes des muscles, des tendons et des nerfs. Ils se manifestent par des douleurs, mais aussi par de la raideur, une perte de force ou de sensibilité, principalement au niveau du cou, des épaules, des coudes et des poignets. En France, ils représentent à eux seuls plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues.

La tendinopathie de la coiffe des rotateurs en fait partie, aux côtés de l’épicondylite du coude et du syndrome du canal carpien. Trois pathologies que beaucoup d’assistantes maternelles connaissent, parfois toutes les trois en même temps.

Comme le précise Nathanaël :

« L’articulation de l’épaule est l’une des plus complexes du corps humain, mobilisée par 8 muscles différents et pouvant se mouvoir dans un nombre important de plans de l’espace. Sa force est aussi sa faiblesse : dans un métier de portage répétitif, l’épaule est une zone de nombreux conflits entre tous ces muscles et tendons, qui subissent des contraintes fortes et répétitives.

La position voûtée en avant, symptomatique d’un port de charge (ou d’enfants !) répété sur l’avant du corps, expose à des compressions et des frottements répétés des tendons et donc à une inflammation à long terme : c’est la définition de la tendinite ! (« tendin » pour « tendon », « ite » pour inflammation.) »

Autrement dit, ce n’est pas un geste isolé qui abîme l’épaule mais bien la répétition.

La question de Fanny, assmat depuis une dizaine d’années

« À force de porter les loulous, j’ai les épaules qui rentrent vers l’intérieur du corps. Que faire pour corriger ce problème ? Car cela me donne des tensions dans les épaules et dans les cervicales. »

La réponse de Nathanaël :

« Fanny, la cyphose dorsale (les épaules qui rentrent) est une problématique de plus en plus fréquente de nos jours.

Pour corriger ce problème, il est possible en premier lieu de réaliser des étirements axés sur la chaîne antérieure (muscles de la face avant du corps) et notamment des pectoraux et deltoïdes antérieurs (situés sur la face avant de l’épaule). Vous pouvez également réaliser des étirements des trapèzes afin de soulager la région cervicale.

Ensuite, réaliser un travail de renforcement musculaire du dos et de la face postérieure de l’épaule aide grandement à redresser la posture : en renforçant votre dos, vos épaules seront ramenées en arrière et votre posture se redressera. »

Les signes qui doivent alerter

Une tendinite s’installe rarement du jour au lendemain. Elle envoie des signaux, souvent discrets, qu’on met facilement sur le compte d’une journée chargée.

Nathanaël liste ceux qui doivent faire tilt :

« Du point de vue physiologique, plusieurs signes peuvent indiquer l’arrivée d’une inflammation : les épaules enroulées vers l’avant dans une attitude cyphosée, des tensions musculaires entre les omoplates, au niveau des trapèzes ou des épaules, des difficultés voire des douleurs ressenties lors du passage des bras au-dessus de l’horizontale sont autant de signes que la pratique doit être adaptée.

Un manque de mobilité sur la région scapulo-humérale (entre l’omoplate et l’épaule) n’est jamais bon signe dans tous les cas.

Les points qui méritent votre attention :

  • attraper quelque chose sur une étagère haute devient inconfortable,
  • le bras « accroche » au passage de l’horizontale,
  • la zone entre les omoplates ou les trapèzes reste tendue,
  • l’amplitude diminue entre l’omoplate et l’épaule.
Bon à savoir

L’épaule est rarement la seule concernée. Nathanaël range d’ailleurs les tensions entre les omoplates, au niveau des trapèzes et des épaules parmi les signes d’une inflammation qui s’installe. Une raideur cervicale accompagnée d’une gêne à l’épaule mérite d’être signalée au médecin, même si la douleur paraît supportable.

La question d’Honorine, garde d’enfants à domicile depuis plus de 15 ans

« J’ai eu une bursite et une tendinite de l’épaule, plus un début de syndrome du canal carpien. J’ai fait de la kiné mais mon épaule reste sensible. Quelles postures puis-je adopter lorsque je dois porter un bébé ou lui donner son biberon ? »

La réponse de Nathanaël :

« Honorine, dans le cas d’une bursite et d’une tendinite à l’épaule avec syndrome du canal carpien, il est possible d’adapter votre pratique afin de réduire les risques d’aggravation ou de récidive. En attendant que votre épaule soit complètement remise, vous pouvez essayer d’alterner le bras portant l’enfant. En soulageant votre bras lésé, cela diminue les tensions et donc les potentielles douleurs.

Si c’est difficile, il faut éviter toute action avec un levier trop important, c’est-à-dire qu’il faut éviter de porter un enfant à bout de bras et le garder collé au maximum à votre buste. Il faut également éviter les positions et mouvements avec le poignet cassé (en flexion ou en extension).

Garder le poignet neutre permet de réduire les contraintes appliquées sur la zone sensible.

Au moment de donner le biberon, vous pouvez essayer de reposer complètement le bras sur un coussin ou un support, afin de ne pas avoir le bras en suspension. »

Continuer à exercer sans aggraver : les trois ajustements qui comptent

C’est la question qui revient le plus dans notre communauté : comment faire quand la douleur est déjà là et que les petits arrivent à 7 h 30 ?

Nathanaël nous répond :

« Travailler avec des douleurs n’est jamais évident. Pour éviter d’aggraver la situation, il faut avant tout éviter autant que possible de réaliser des mouvements provoquant des douleurs. Plusieurs ajustements sont possibles :

  • lorsque vous portez un enfant, faites en sorte de le maintenir le plus proche de vous possible ; plus une charge est éloignée du centre de gravité, plus elle provoque du levier, plus elle provoque des tensions sur les articulations ! Si possible, ne levez pas les bras au-dessus de 90° : à partir de l’horizontale, l’épaule passe dans une position contraignante, pouvant provoquer des douleurs !
  • lorsque vous allez chercher un enfant au sol, poussez dans vos jambes pour vous redresser plutôt que de tirer avec les bras ; transférer la charge sur le bas du corps est un bon moyen de soulager le haut du corps ; il est également préférable de serrer les omoplates pendant la manœuvre afin de fixer l’articulation et éviter de mettre toute la charge sur l’épaule.

Certaines erreurs peuvent être à l’origine d’une augmentation des douleurs : porter un enfant à bout de bras, ou le soulever du sol avec les épaules enroulées vers l’avant, porter un enfant toujours du même côté… »

La question d’une assmat de 41-50 ans, 5 à 15 ans d’expérience

« J’ai une tendinite à chaque poignet due au portage intensif, qui ne guérit pas et se prolonge en douleur aux coudes et aux épaules. Comment faciliter une guérison avec le métier, et donc avec du portage quotidien, et comment adapter mes postures pour éviter d’empirer le phénomène ? »

La réponse de Nathanaël :

« Pour pallier vos douleurs irradiantes dans les bras, il est possible de porter des attelles souples ou des straps hors des périodes de travail afin de mettre vos poignets en repos mécanique. Il est également possible d’avoir recours à de la glace en fin de journée afin de diminuer l’inflammation et d’effectuer des massages des avant-bras pour détendre les muscles.

Un suivi en kinésithérapie ou en coaching sportif peut faciliter la guérison à long terme : les interventions ne doivent pas se concentrer uniquement sur les poignets mais sur toute la chaîne cinétique (coudes, épaules, omoplates et gainage du tronc).

Au quotidien, pour éviter d’empirer le phénomène, faites en sorte de casser les poignets le moins possible et d’adapter le portage des enfants en utilisant vos avant-bras par exemple, plutôt que de les porter systématiquement à bout de bras. Évitez également de garder les bras tendus : fléchir les coudes au moment de porter un enfant permet de diminuer les tensions appliquées sur les articulations. »

Comment bien porter un enfant au quotidien ?

Nathanaël nous répond. 👇

Soulever un enfant depuis le sol

L’objectif est de se servir de la force des jambes plutôt que de celle du tronc ou des bras.

  • Approchez-vous au maximum de l’enfant : plus il est proche de vous quand vous le portez, moins il y aura de tensions dans les épaules.
  • Maintenez un écart des pieds supérieur à la largeur du bassin avec les pieds décalés (comme en position de fente) dans l’idéal, afin d’avoir un appui important dans le sol.
  • Fléchissez les genoux pour descendre le bassin sans arrondir le dos. Attrapez l’enfant et plaquez-le directement contre votre buste.
  • Remontez en poussant dans les jambes : les bras ne font que porter l’enfant et ne le tirent pas.

Tenir un bébé en préservant l’épaule

Placez le bébé haut sur le buste, son bassin reposant juste au-dessus du vôtre. Gardez-le proche de vous et de votre centre de gravité afin de diminuer les tensions sur les tendons des muscles de la coiffe des rotateurs.

  • Gardez toujours les coudes à 90° collés aux côtés. Lorsque les coudes s’écartent, l’articulation subit une pression importante.
  • Gardez les poignets en position neutre, alignés avec les avant-bras. Le but est de ne pas les casser, ce qui provoquerait une pression sur les poignets et sur le canal carpien.

Variez les prises entre le portage de face (ventre à ventre) et le portage en berceau. Si possible, alternez les côtés de portage.

Les trois positions à éviter

  • La position penchée en avant (par-dessus le berceau par exemple) avec les bras tendus vers l’enfant provoque des tensions très importantes dans les épaules et sur la région lombaire.
  • La position « déhanchée » en portant un enfant : en décalant le bassin d’un côté ou de l’autre, une scoliose est créée (la colonne se décale d’un côté) et le bras côté porteur est en contraction constante pour maintenir l’enfant, créant des contraintes mécaniques sur l’épaule.
  • La saisie d’un enfant sous les aisselles à bout de bras : cela crée un levier très important et des contraintes mécaniques très fortes sur les poignets, coudes et épaules.

Deux astuces pour souffler dans la journée

  1. Première astuce : favoriser l’autonomie de l’enfant aussi tôt que possible. Pour ceux qui arrivent déjà à marcher, évitez de les porter pour les déplacer sur la chaise haute ou dans le lit. Utilisez des marchepieds et guidez-les par la main.
  2. Deuxième astuce : utiliser un appui ou un siège de portage de hanche. Pendant les moments calmes (comme la lecture par exemple), reposez votre bras sur un appui comme un coussin pour qu’il soit relâché au maximum. Pendant les déplacements, il est possible d’utiliser des sièges de portage pour y asseoir le bébé et ainsi soulager les bras. »
Le saviez-vous

Un bébé porté 46 fois par jour peut représenter jusqu’à 300 kg soulevés en une seule journée. D’où l’intérêt de repenser l’environnement autant que le geste : table à langer à hauteur des coudes, rangements à hauteur de bras, marchepied près du lavabo.

👉 Pour aller plus loin sur l’aménagement du lieu d’accueil, notre guide dédié détaille les réflexes d’ergonomie à mettre en place.

Le programme de renforcement : 5 minutes par jour

Nathanaël a construit ce programme pour qu’il tienne dans une pause, lors de la sieste ou hors du temps d’accueil des petits, sans matériel autre qu’une bouteille d’eau de 50 cl. Il est accessible à tous, même avec une douleur légère à modérée.

Ces quelques exercices permettent de renforcer vos épaules et de diminuer le risque d’apparition ou d’aggravation de douleurs.

Exercice 1 : le pendule de Codman

Ce premier exercice vise la détente de l’épaule lésée :

  • Penché en avant avec les genoux fléchis
  • Le bras complètement relâché pend dans le vide.
  • Réalisez des petits cercles avec le bras dans un sens puis dans l’autre.

💡 L’exercice peut se faire avec une bouteille ou avec le simple poids du bras.

Bon à savoir

Cet exercice est tout indiqué en phase aiguë car il permet de décompresser l’espace articulaire.

Exercice 2 : les élévations latérales

Avec une bouteille d’eau dans chaque main :

  • Bras le long du corps, genoux déverrouillés et cage thoracique ouverte
  • Abaissez les épaules afin qu’elles ne soient pas enroulées vers l’avant
  • Levez les bras jusqu’à l’horizontale en partant légèrement sur l’avant (les bras ne sont pas complètement sur les côtés) avant de redescendre en position initiale.
  • Gardez les coudes légèrement déverrouillés pendant le mouvement.

On peut réaliser 10 à 15 répétitions de cet exercice.

💡 Attention à ne pas rapprocher les épaules des oreilles pendant la montée et à bien garder la cage thoracique ouverte.

Bon à savoir

En phase aiguë, il est possible de réaliser une variante isométrique de ce mouvement en maintenant les bras sur les côtés entre 30 et 45 secondes avant de redescendre.

Exercice 3 : les rotations internes et externes de l’épaule

Contre un mur avec les pieds avancés d’environ 50 centimètres pour avoir le dos plat :

  • Positionnez vos coudes à 90° à hauteur d’épaule contre le mur, mains vers le bas qui tiennent des bouteilles.
  • À partir de cette position, gardez les coudes contre le mur et soulevez les bouteilles vers le haut, comme si vous vouliez coller les avant-bras et le dos de la main contre le mur, avant de redescendre.
  • Attention à garder les coudes à la même hauteur que les épaules et à maintenir un angle de 90°. Gardez toujours les épaules basses.

On peut réaliser 10 à 15 répétitions de cet exercice.

Bon à savoir

En phase aiguë, il est possible de réaliser une variante isométrique de ce mouvement en maintenant les avant-bras à 90° du mur entre 30 et 45 secondes.

Exercice 4 : les pompes scapulaires

En position de planche (en appui sur les mains et les pointes de pied, bras tendus et épaules, hanches et chevilles alignées) au sol ou sur un support (chaise, table, mur), effectuez des séries de protractions et rétractions scapulaires : repoussez le sol ou le support pour desserrer les omoplates et arrondir le haut du dos (protraction) avant de serrer les omoplates à nouveau (rétraction).

Ce mouvement permet de mobiliser les omoplates, siège de la stabilisation de l’épaule.

Pendant votre mouvement, gardez les bras tendus. La poitrine doit descendre pendant que vous serrez les omoplates (en bombant le torse) et remonter quand vous desserrez les omoplates.

Il est possible de réaliser ce mouvement sur les genoux si aucun support n’est disponible.

On peut réaliser cet exercice pendant 45 secondes.

Attention

Attention à toujours maintenir la position de planche avec les épaules, hanches et chevilles (ou genoux pour la variante à genoux) alignées, et à garder les fessiers contractés pour rétroverser le bassin et le verrouiller. Veillez également à garder les bras tendus.

Bon à savoir

En phase aiguë, cet exercice ne devrait pas accentuer les douleurs. Si des douleurs apparaissent quand même, variez l’angle de travail : plus le support est haut et plus vous êtes redressé, moins l’exercice provoque de tensions mécaniques, ce qui peut diminuer la sensation de douleur. »

Le plus dur est souvent de trouver le bon créneau !

La sieste des enfants fonctionne bien : le calme est déjà là et le programme complet tient dans le temps d’une pause café. Nathanaël rappelle par ailleurs que la progression gagne à être lente et, dans l’idéal, suivie par un spécialiste.

Quand consulter, et qui ?

Dans la communauté Nounou-top, une large majorité des répondantes vit avec des douleurs depuis six mois ou plus. Nathanaël, lui, place le curseur bien plus tôt.

« En pratique, l’activité sportive et le renforcement musculaire devraient être pratiqués en première intention, avant d’avoir mal !

En prévention, renforcer son système musculo-squelettique est le meilleur moyen de réduire les risques de douleurs.

Si la douleur est déjà là, consulter un kinésithérapeute est important dans la rééducation de l’épaule lésée. Cependant, faire du sport en même temps est à la fois possible, mais aussi conseillé !

Quand un membre est lésé, on a tendance à compenser en utilisant un autre membre pour effectuer nos tâches. Seulement, cela peut amener à des déséquilibres… et à des douleurs sur le membre initialement sain !

Le coaching sportif (bien encadré) trouve donc son intérêt pour se renforcer, éviter ces compensations et faire travailler tout le corps, même le membre lésé avec un travail spécifique. »

Chacun intervient sur un registre différent :

  • le kinésithérapeute rééduque l’épaule lésée avec une exposition progressive à la charge,
  • le coach sportif ou l’activité encadrée entretient le reste du corps et limite les compensations,
  • le médecin du sport ou le rhumatologue entre en jeu quand les mêmes zones se réenflamment de façon répétée, pour vérifier qu’une cause extérieure au métier n’est pas en cause.

C’est également un médecin qui établit le certificat médical initial, pièce indispensable si une reconnaissance en maladie professionnelle est envisagée.

Attention

Certains signes justifient une consultation sans attendre : une perte de force qui empêche de soulever un enfant, une épaule qui reste bloquée dans un secteur de mouvement, ou une gêne qui revient à chaque passage des bras au-dessus de l’horizontale. Les TMS peuvent devenir irréversibles et entraîner un handicap durable : ils se prennent en charge d’autant mieux qu’ils sont diagnostiqués tôt.

La question de Séverine, assmat depuis plus de 15 ans

« J’ai des séances de kiné pour mes épaules mais mon ostéopathe dit que ça ne sert à rien, le mieux selon lui c’est le chaud-froid. J’aimerais votre avis sur la question. »

La réponse de Nathanaël :

« Séverine, votre ostéopathe vous conseille la technique du « chaud-froid » plutôt que des séances de kiné.

La kinésithérapie est obligatoire dans le traitement à long terme d’une problématique articulaire. La technique du « chaud-froid » n’est pas sans pertinence mais n’apporte qu’un confort temporaire sans traiter le problème à la source.

Une exposition progressive à la charge en kiné ou en séance de sport encadrée permet à vos tendons de se réparer, de leur redonner leur capacité d’absorption mécanique, de libérer de la mobilité et de la motricité au niveau des épaules, ce qui amène une guérison sur le long terme.

Une complémentarité est tout à fait possible :

  • utiliser le chaud-froid pour un soulagement temporaire en fin de journée peut apporter du confort
  • l’ostéopathie permet de redonner de la mobilité articulaire ponctuelle et soulager les douleurs compensatoires
  • le travail spécifique de renforcement de l’épaule avec un kiné permet de « réparer » l’épaule en profondeur et d’apporter du soulagement sur le long terme. »

Quand plusieurs zones sont touchées en même temps

Épaule, coude, poignet : dans notre communauté, les TMS arrivent rarement seuls. Par quoi commencer ? 🧐

La méthode de Nathanaël :

« Quand plusieurs zones sont touchées, il faut analyser la cause de la douleur : chaque cause doit être traitée de façon spécifique, d’où l’intérêt de consulter un professionnel.

La stratégie reste la même : un renforcement musculaire général est primordial, avec un travail spécifique sur les douleurs.

La priorité revient cependant à ce qui est le plus handicapant. Il faut s’attaquer en premier lieu à ce qui amène le plus de freins dans la pratique, tout en gardant en tête une logique de travail général. »

La question de Karine, assmat, 5 à 15 ans d’expérience

« 2 tendinites calcifiantes (cheville, poignet), 1 tendinite épaule et 2 épicondylites du même coude en 3 ans… existe-t-il des exercices pour aider les tendons fragilisés ? J’ai seulement 50 ans, 14 ans encore à pratiquer ce superbe métier. »

La réponse de Nathanaël :

« Karine, avant toute chose, dans le cas de problématiques identiques et répétées situées aux mêmes endroits, une consultation médicale (médecin du sport ou rhumatologue) est primordiale afin de s’assurer que la cause ne soit pas externe à l’activité professionnelle.

Ensuite, afin de réparer un tendon fragilisé, il existe en effet des exercices qui doivent suivre un protocole précis et encadré.

En premier lieu, il vous faut travailler en isométrie, c’est-à-dire contracter les muscles sans créer de mouvement. Par exemple :

  • pour la cheville, vous pouvez vous mettre sur la pointe des pieds sans monter ni descendre ;
  • pour le coude et le poignet, vous pouvez maintenir un élastique ou un petit poids avec le coude à 90° et le poignet neutre ;
  • pour l’épaule, vous pouvez pousser le coude contre un mur (en étant de profil) sans bouger.

Tenir ces positions plusieurs fois de suite entre 30 et 45 secondes permet de renforcer le tendon sans charge mécanique importante.

En second lieu, il vous faut travailler en excentrique, c’est-à-dire sur la phase d’allongement du muscle. Par exemple :

  • pour la cheville, montez sur la pointe des pieds puis passez sur la jambe atteinte et ralentissez la descente ;
  • pour le coude et le poignet, aidez-vous de votre main pour monter le coude lésé à 90°, puis ralentissez la descente du poids ou de l’élastique ;
  • pour l’épaule, aidez-vous de votre main pour monter le bras lésé à 90° face à vous et ralentissez la descente du poids ou de l’élastique.

La dernière phase concerne le travail global : on intègre le renforcement des régions sensibles dans des mouvements complets et fonctionnels, intégrant des exercices de gainage pour améliorer les transferts de forces.

Il est à noter que chaque exercice doit être effectué sans jamais dépasser une douleur de 4/10 et que la progression doit être lente et suivie par un spécialiste dans l’idéal. »

Faire reconnaître sa tendinite en maladie professionnelle

La reconnaissance en maladie professionnelle permet deux choses : la prise en charge des frais de santé à 100 % et, le cas échéant, une indemnisation en cas d’incapacité permanente.

Ce que dit le tableau n°57

Les affections périarticulaires provoquées par certains gestes et postures de travail figurent au tableau n°57 du régime général des maladies professionnelles, créé par décret du 2 novembre 1972 et mis à jour par décret du 5 mai 2017.

Pour l’épaule, trois pathologies y sont inscrites, chacune avec ses conditions :

PathologieDélai de prise en chargeConditions d’exposition
Tendinopathie aiguë non rompue non calcifiante de la coiffe des rotateurs30 joursÉpaule sans soutien en abduction ≥ 60°, au moins 3 h 30 par jour en cumulé
Tendinopathie chronique non rompue non calcifiante, objectivée par IRM6 mois (exposition de 6 mois)Abduction ≥ 60° au moins 2 h par jour, ou ≥ 90° au moins 1 h par jour
Rupture partielle ou transfixiante de la coiffe des rotateurs, objectivée par IRM1 an (exposition d’un an)Abduction ≥ 60° au moins 2 h par jour, ou ≥ 90° au moins 1 h par jour

💡 L’abduction correspond aux mouvements entraînant un décollement des bras par rapport au corps.

Le même tableau couvre aussi le coude (tendinopathie des muscles épicondyliens, délai de 14 jours) et le poignet (tendinite et ténosynovite, délai de 7 jours ; syndrome du canal carpien, délai de 30 jours).

La démarche

En tant que salariée, vous bénéficiez de l’assurance accidents du travail et maladies professionnelles dès votre embauche. La déclaration se fait auprès de votre caisse d’assurance maladie avec :

  • le formulaire S6100b de déclaration de maladie professionnelle,
  • les deux premiers volets du certificat médical établi par votre médecin (formulaire S6909),
  • l’attestation de salaire remise par votre employeur (formulaire S6202).

Vous disposez de 2 ans pour envoyer votre déclaration, à compter de la date du certificat médical initial qui vous informe du lien possible entre votre maladie et votre activité. La CPAM dispose ensuite de 120 jours pour se prononcer et vous adresser un questionnaire sur vos conditions de travail.

Bon à savoir

Si une condition du tableau n’est pas remplie, la porte n’est pas fermée. Le dossier peut être transmis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), un collège d’experts qui examine au cas par cas le lien entre la pathologie et le travail habituel. Son avis s’impose à la CPAM.

Quand faut-il s’inquiéter d’une douleur à l’épaule ?

Une gêne ponctuelle après une journée intense reste banale. Ce qui mérite attention : une douleur qui revient plusieurs jours d’affilée, une gêne lors du passage des bras au-dessus de l’horizontale, des tensions persistantes entre les omoplates ou au niveau des trapèzes, ou une perte de mobilité entre l’omoplate et l’épaule. Ces signes indiquent généralement qu’il est temps d’adapter la pratique et d’en parler à un professionnel de santé.

Comment soulager les douleurs à l’épaule dues au portage d’un bébé ?

Trois leviers se combinent : ajuster les gestes au quotidien (rapprocher l’enfant du buste, rester sous 90°, pousser avec les jambes), renforcer progressivement l’épaule et le haut du dos, et faire évaluer la douleur si elle persiste. Le chaud-froid en fin de journée peut apporter un confort temporaire, mais ne traite pas la cause.

Quel exercice choisir pour soulager la douleur à l’épaule ?

Aucun exercice unique ne convient à toutes les situations, car tout dépend du stade de la douleur. En phase aiguë, le pendule de Codman décompresse l’espace articulaire et reste bien toléré. Ensuite, les variantes isométriques des élévations latérales et des rotations d’épaule permettent de renforcer sans charge importante. Le programme complet figure plus haut dans l’article.

Une assistante maternelle peut-elle faire reconnaître une tendinite en maladie professionnelle ?

Oui. Salariée d’un ou plusieurs particuliers employeurs, elle bénéficie de l’assurance accidents du travail et maladies professionnelles dès l’embauche. La tendinopathie de la coiffe des rotateurs figure au tableau n°57, sous réserve des conditions d’exposition et du délai de prise en charge. En cas de condition non remplie, le CRRMP peut être saisi.

Faut-il arrêter de travailler quand la tendinite est installée ?

Pas nécessairement. Beaucoup d’assistantes maternelles continuent d’exercer en adaptant leurs gestes et en suivant une rééducation. L’arrêt éventuel relève d’une décision médicale, prise avec le médecin traitant selon l’intensité des douleurs et l’évolution.

Leslie de Nounou-top

Co-rédigé par

Leslie de Nounou-top

Responsable de la stratégie de contenu, Leslie traque les informations complexes pour les transformer en outils pratiques et faciles à lire. Dotée d’un esprit en ébullition constante, elle observe le monde avec un regard atypique, drôle et profondément humain. Quand elle ne fait pas une fixette sur l’astronomie, les ratons laveurs ou le chocolat noir, […]

Nathanaël

Co-rédigé par

Nathanaël

Éducateur sportif à Toulouse et spécialisé en posturologie, Nathanaël Blüme (ou Nath) est un passionné du mouvement humain, de ses mécaniques et de son fonctionnement. C’est tout naturellement qu’il s’est orienté vers le coaching avec une envie profonde de transmission, de partage et d’enseignement. Sportif de longue date, c’est au fil de ses études et […]